Récit #123 – Les retrouvailles – Chapitre deux – Du boulot à l’hôpital

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Je me réveillai tôt, prisonnière d’un enchevêtrement de bras et de jambes bicolore. Je tournai légèrement la tête dans la direction de Patrick qui dormait encore à point fermé. Je posai un léger baiser sur le bout de son nez et me tortillai en douceur pour m’extirper du lit sans le réveiller. Il gémit et se retourna sans se réveiller. Je descendis l’escalier et entrai dans la salle de bain. J’avais l’impression d’avoir couru plusieurs marathons d’affilé, tellement j’étais raide et courbatue. Entrant sous la douche, j’ouvris l’eau chaude et laissai le jet masser et détendre mes muscles raides. Je m’emparai du savon de Patrick et me lavai les cheveux. Une fois sortie de la douche, je m’enveloppai dans une serviette moelleuse. J’essuyai ensuite le miroir, examinai mon reflet et me souris à moi-même. J’étais heureuse d’avoir retrouvé l’homme que j’avais aimé, il y a de cela plusieurs années. L’oeil malicieux, je m’emparai de sa brosse à dent sur laquelle je mis du dentifrice. Une fois mes dents brossées, je passai à nouveau la chemise de mon amoureux et je

me dirigeai à la cuisine. Je commençai à préparer le petit déjeuner. Ce ne fût que lorsque je finissais de couper les oignons pour une omelette, qu’il me rejoignit à la cuisine.

— Bonjour mon amour!, me lança-t-il tout joyeux. Bien dormi?

— Merveilleusement bien, répondis-je. Tu as le temps de passer sous la douche. Ce sera prêt quand tu sortiras. Il alluma la chaîne stéréo au-dessus du frigo et la chanson are you ready? De three days Grace emplit la pièce. Je me mis à danser tout en fouettant les oeufs. Je les versai dans la poêle avec les légumes et mis le

pain à griller. Quelques minutes plus tard, Patrick sortit de la salle de bain, une serviette enroulée autour de la taille. Je plaçai devant lui une assiette fumante d’omelette ainsi que deux tranches de pain grillé, puis, je lui versai un grand verre de jus d’orange. Je m’en versai un également et m’installai à côté de lui pour manger mon petit déjeuner.

— Hummmm, dit-il. C’est délicieux mon amour. Merci.

Je lui souris en enfournant moi-même une bouchée. Une fois le petit déjeuner terminé, Nous nous habillâmes pour aller travailler. Nous prîmes l’ascenseur pour rejoindre sa voiture. Une fois dans le stationnement sous-terrain, le gardien de sécurité vint à notre rencontre. Ce n’était pas le même homme que la veille. Celui-ci était plus grand et costaud, quoi que, d’un certain âge.

— Bon matin Patrick, dit-il d’un ton joyeux.

— Bonjour Albert!, répondit mon amoureux. Laissez-moi vous présenter Jessie.

— Bonjour, dis-je timidement.

— Elle est très jolie. Prends soin d’elle et elle te le rendra au centuple, dit Albert en me prenant la main,

sur laquelle il déposa un doux baiser.

— C’est promis Albert. Bonne journée!

Albert nous salua d’un signe de tête avant de retourner à son poste. Quant à nous, nous montâmes dans la voiture et sortîmes du garage. Patrick alluma la radio et, à ma grande surprise, je reconnus les premières notes de, just give me a reason de pink. Je m’emparai de la main de Patrick et la serrai. Il me sourit tendrement avant de reporter son attention sur la rue. Nous arrivâmes au bureau en quelques minutes. Une fois dans le bâtiment, la secrétaire que j’avais vu la veille vint lui donner ses messages.

— Une des candidates qui est venue passer les entrevues d’hier est ici pour vous voir. Elle est dans la salle d’attente. J’ai insisté pour lui dire que vous aviez déjà trouver, cependant, elle insiste.

— Je m’en occupe. Merci beaucoup.

La secrétaire hocha la tête et retourna à son bureau. Nous passâmes devant la salle d’attente et nous reconnûmes la femme qui nous avait menacer la veille.

— Mademoiselle, dit Patrick d’un ton sec et autoritaire. Votre présence n’est plus requise ici! Si vous refusez de partir, je vais devoir appeler les autorités.

— Je veux passer cette entrevue!, s’obstina la fille. C’est injuste de lui avoir donner le poste sans nous avoir tous vu! C’est de la discrimination, du favoritisme!

— ÇA SUFFIT!, hurla Patrick. Je vous le répète mademoiselle, veuillez quitter cet immeuble, et ne plus jamais y remettre les pieds. Poussant un hurlement de rage, elle se jeta sur moi, me projetant violemment au sol, où je me frappai la tête avec force. Elle me frappa au visage à plusieurs reprises, et me tira les cheveux.

— Salope! C’était pour moi ce job! T’avais pas le droit!

Patrick la souleva comme si elle ne pesait pas plus qu’une plume et l’éloigna de moi. Mon nez saignait abondamment, ma lèvre était fendue et j’avais très mal à la tête.

— VOUS ÊTES DEVENUE FOLLE OU QUOI?, cria Patrick à la fille.

La sécurité arriva, avec sur leurs talons, la secrétaire.

— J’ai entendu du grabuge, dit-elle pour se justifier. J’ai préféré appeler la sécurité.

— Appelez la police, nous allons porter plainte pour voie de fait. Vous apporterez aussi de la glace s’il-vous plaît.

La secrétaire s’éloigna en silence. Les gardiens de sécurité avaient à peine esquisser un geste vers celle qui m’avait agressée qu’elle fit volte-face et se mit à courir. Les gardes restèrent figés quelques secondes, puis partirent à sa poursuite, mais revinrent quelques minutes plus tard, bredouille. Quant à moi, Patrick m’aida à me relever et appliqua la glace que sa secrétaire avait envelopper dans un mouchoir de tissu.

— Tu vas probablement avoir besoin de points de suture pour ta lèvre, me dit-elle.

— Nous allons aller à l’hôpital. Appelez-nous un taxi.

Le gardien de sécurité le plus jeune lança les clés de sa voiture à Patrick en disant :

— Prenez la mienne, c’est un jeep noir. Il y a le plein.

— Merci beaucoup, dit Patrick en souriant.

Puis, il m’aida à me lever, ne sachant pas si il fallait me porter, ou me laisser marcher. Il eut la réponse lorsque je fus prise d’un étourdissement et manquai de m’effondrer sur le sol. Il me souleva alors dans ses

bras.

— Comment tu te sens?, me demanda-t-il.

— J’ai mal à la tête et je suis étourdie.

Nous sortîmes de l’immeuble, escortés par les agents de sécurité. Une fois rendu à la jeep, Patrick me déposa pour ouvrir la portière. Je n’eus que le temps de me retourner que je vomis copieusement mon petit déjeuner.

— Vous feriez mieux de vous dépêcher de l’emmener à l’Hôpital, dit le plus vieux des deux agents de sécurité. Elle a dû se cogner la tête violemment sur le sol.

Patrick m’aida à monter sur le siège avant. Le jeune gardien me tendit un seau qu’il conserve dans son coffre. Je le remerciai d’un pâle sourire et il referma la portière. Patrick s’installa au volant et démarra en trombe. Un peu plus tard, sur la route, Un policier nous intercepta. Voyant mon état, il se renseigna sur mon état :

— Vous allez bien mademoiselle? Qui vous a fait ça?

— Écoutez monsieur l’agent, ce serait trop long à expliquer pour l’instant. Escortez nous jusqu’à l’hôpital et je vous expliquerai sur place d’accord?

— Bien sûr, accepta le policier.

Nous fûmes à l’hôpital en quelques minutes. Je me sentais tellement mal que je manquai m’assoupir à plusieurs reprise. Patrick me secouait pour que je reste éveillée. Il me prit dans ses bras et nous entrâmes, le policier sur les talons, à l’urgence. Je fus rapidement prise en charge par un médecin, tandis que Patrick

expliquait ce qui m’était arrivée, et décrivait la fille qui m’avait agressée.

— Vous permettez que je reste? J’ai fini mon service.

— Bien sur, acquiesça Patrick. C’est gentil de votre part.

Ils patientèrent environ 30 minutes quand un médecin vint les voir.

— Bonjour, je suis le docteur Laramée. Jessie a fait une légère commotion cérébrale dû à un choc à la tête. Nous lui avons donné un calmant pour la douleur, elle se repose.

— Pouvons-nous la voir?, demanda Patrick.

— Bien sûr, suivez-moi. Elle est groggy pour l’instant. Nous allons la garder en observation pour la journée. Elle devrait pouvoir sortir ce soir si il n’y a pas de complication. Elle devra être réveillée à toute les heures pour les 24 prochaines heures. Au moindre signe d’étourdissement ou de nausée, il faudra la ramener ici.

Le médecin poussa le battant de la salle d’examen et s’effaça pour laisser passer Patrick ainsi que le policier, puis, leur emboîta le pas. Il prit mes constantes et quitta la pièce, adressant un dernier regard rassurant aux deux hommes qui m’accompagnaient.

— Je vais appeler le poste, dit le policier. Qu’ils envoient des hommes. Qu’ils restent à l’entrée de la chambre en permanence. Il prit son portable et quitta la pièce. Patrick me prit la main et posa un baiser sur le bout de mes doigts.

— Mon amour, je suis tellement désolé…

— Non je vais bien, dis-je d’une voix pâteuse pour le rassurer. J’ai eu de la chance que tu interviennes à temps.

Le policier, de retour dans la pièce, vint vers moi et me dit:

— Deux hommes viennent monter la garde. Un restera dans la pièce avec toi, et l’autre restera cantonner à la porte de ta chambre. J’ai demandé à ce que tu aies une chambre privée. Des médecins viennent te transférer aux soins intensifs jusqu’à ce soir. Tu y seras placée sous le nom de jeune fille de ma mère. Les autres policiers arrivèrent au bout de quelques minutes, accompagnés par des brancardiers vinrent pousser mon lit jusqu’à l’ascenseur. Je me laissai guider, me contentant de regarder passer les néons du plafond. Une fois rendus à ma chambre, on me coucha dans mon nouveau lit et on me borda.

— Monsieur l’agent, dis-je d’une voix faible.

Il se pencha sur moi et attendit la suite.

— Quel est le nom de jeune fille de votre mère?

Le policier sourit et répondit:

— Sawyer.

— Merci beaucoup Sawyer, dis-je avant de sombrer dans un sommeil médicamenteux.

Sawyer s’adressa à Patrick :

— Si vous le permettez, Je vais rentrer chez moi, prendre une douche. Je suis de service depuis hier après-midi. J’aimerais revenir ensuite.

— Bien sur, je vous en prie, répondit Patrick. Prenez votre temps. Merci pour tout. Je n’aurais jamais cru être aussi content de me faire arrêter pour excès de vitesse.

Les deux hommes éclatèrent de rire, ce qui me fit gémir dans mon sommeil. Les deux hommes se firent signe de la main et Sawyer quitta la pièce. Patrick, quant à lui, se contenta de me tenir la main, tout en chantant des chants créole de sa voix douce et apaisante. Le Docteur Laramée revint au bout d’une heure

et me réveilla. Il me demanda mon nom, la date et mon adresse. Je répondis d’une voix endormis, avant de

sombrer de nouveau. Sawyer revint deux heures plus tard, habillé en civil. Il portait un costume gris avec une chemise bleue, son veston était ouvert et on pouvait distinguer les étuis de ses armes.

— Comment elle va?, demanda-t-il à Patrick.

— Le docteur Laramée vient de la réveiller et elle était encore bien orientée, donc, tout va bien pour l’instant. Vous voulez un café?

— Bien sûr, répondit Sawyer.

Patrick sortit de la pièce et se figea. La femme se tenait au comptoir, se renseignant à mon sujet.

— Sawyer, chuchota Mon amoureux. Elle est ici. Elle est au comptoir.

Le policier se leva et alla rejoindre Patrick et détailla la femme du regard. Elle portait un jean délavé, un haut jaune pastel et ses cheveux étaient détachés, tombant en vague dans son dos.

— Elle s’appelle Caroline Quincy. Elle est recherchée pour instabilité mentale. Son psy ne l’a pas vu depuis plusieurs mois, alors qu’elle état supposée s’y rendre une fois par semaine. Elle est en vadrouille depuis décembre. On avait pas encore réussis à mettre la main dessus. Elle est bipolaire à tendance maniaco-dépressive.

— Elle est venue postuler pour un poste d’infographiste pour ma compagnie. Expliqua Patrick à voix basse.

Sawyer fit signe au policier dans la pièce. Ils sortirent de la chambre sans faire de bruit, puis, se dirigèrent vers le bureau d’accueil. Caroline les vit et se mit à courir vers la sortie. Les deux policiers la poursuivirent, mais, elle fut plus rapide qu’eux. Elle sembla avoir disparue une fois dehors. Sawyer prit son portable et passa un appel.

— Envoyez du renfort. Il s’agit de Caroline Quincy. Elle vient de nous filer entre les doigts… Elle est venue à l’hôpital… J’en sais rien. Elle est de moins en moins prudente. Elle va finir par commettre une erreur. Je retourne au près de la victime.

Il raccrocha.

— Je vais remonter. Vous, attendez les renforts et fouillez les moindres recoins de l’immeuble et des environs.

— T’inquiète pas Sawyer. On va mettre la main dessus.

Sawyer ne répondit rien mais hocha néanmoins la tête, puis, il remonta vers ma chambre. Une fois de retour, il annonça la mauvaise nouvelle à mon amoureux.

— Ce qui rend cette fille très dangereuse, c’est qu’elle semble disparaître comme par magie chaque fois qu’on est sur le point de la coincer. Elle va finir par faire une erreur et cette fois, on l’aura. Patrick allait lui répondre mais il fût interrompu par son portable. Il s’éloigna pour ne pas me réveiller et répondit :

— Allô? Je suis encore à l’hôpital… Elle va bien. Elle dort pour l’instant… Annulez tous mes rendez-vous

pour les prochains jours et fermez le bureau jusqu’à nouvel ordre. Votre semaine de salaire vous sera quand même entièrement versée… Oui je sais, c’est un gros client… Non je ne peux vraiment pas faire autrement… Si vous voulez un petit conseil, partez voir votre famille pendant une semaine ou deux. Je vous contacterai si il y a du nouveau… Vous aussi soyez prudente. Il raccrocha.

— C’était Agnès, ma secrétaire. Elle voulais avoir des nouvelles.

— Vous aussi, vous feriez mieux de partir. Vous ne devriez pas retourner chez vous, dit Sawyer. J’ai une maison d’été si vous le souhaitez. Ce n’est pas le grand luxe, mais vous devriez vous en accommoder pour quelques jours.

— Pourquoi faites-vous tout ça pour nous Sawyer?, demanda Patrick.

— Parce que j’aurais aimer, il y a quelques années, que l’on fasse la même chose pour moi. On a arrêter un homme un jour. Il venait de commettre une série de viol. Il a été relâché en attendant son procès. Un soir, alors que je terminais mon service et que je m’apprêtais à rentrer chez moi, il s’y est introduit et il a violer et tuer ma femme. Il s’apprêtait à faire la même chose à ma fille de seize ans. Je l’ai abattu d’une balle dans la tête. Depuis, ma fille a maintenant 23 ans et continue de faire des cauchemars à toutes les nuits. Elle n’est plus la même depuis que c’est arrivé.

— Je suis sincèrement désolé Sawyer, dit Patrick.

— Voilà pourquoi je vous aide de cette manière. Je n’ai pas pu le faire pour ma famille et personne ne l’a fait pour nous.

— J’apprécie que vous le fassiez. Vraiment.

Le médecin entra de nouveau dans la chambre pour prendre mes constantes et me réveiller. Pour vérifier que j’étais toujours orientée. Cette routine se déroula durant quelques heures. L’un des collègues de Sawyer revint faire son rapport et je les entendis parler entre deux moments d’inconscience :

— Nous avons regardé partout, à l’intérieur du bâtiment, comme à l’extérieur. Nous n’avons rien trouver. Elle s’est de nouveau volatilisée. Elle a le don de disparaître.

— Continuez les recherches, ordonna Sawyer. Elle ne peut pas être bien loin.

Je n’entendis malheureusement pas la suite de la conversation car je sombrai à nouveau dans l’inconscience. Je m’éveillai peu de temps après, parfaitement alerte et affamée, quoi que encore un peu vaseuse.

— Mon amour! Comment tu te sens?, me demanda Patrick.

— Un peu vaseuse à cause des calmants. Mais la douleur est moins forte. Je me sens moins étourdie aussi.

Quelle heure il est?

— On est vers la fin de l’après-midi. Je vais chercher le docteur Laramée.

— Laissez Patrick, intervint Sawyer. J’y vais. Restez auprès d’elle.

Quelques minutes plus tard, le policier et le médecin firent irruption dans la pièce.

— Comment vous sentez-vous mademoiselle? Faible? Nauséeuse? Étourdie?

— Non pas du tout. Disons vaseuse et affamée.

— Ah bien! C’est bon signe. Nous allons vous apporter quelque chose de léger à manger. Si vous le gardez, nous vos donnerons votre congé.

Le médecin sortis de la pièce. J’eus un plateau environs une heure plus tard. Il était composé d’un bol de soupe au boeuf avec des légumes, d’un petit pain, un emballage de poires en quartier et un jus de fruit. Je m’emparai de ma cuillère et décidai de commencer par le dessert. Lorsque j’eus terminer mon maigre

repas, je repoussai mon plateau, étrangement repue.

— Quels sont les plans pour les prochains jours?, demandais-je.

— Je vous accompagne à ma maison d’été, répondit Sawyer. C’est en dehors de la ville et vous y resterez pour quelques jours.

— Et pour la fille qui m’a agressée?

— Elle s’appelle Caroline Quincy. Elle est activement recherchée présentement.

Il hésita un court instant avant de poursuivre:

— On va tout faire pour essayer de la retrouver.

— Qu’est-ce que vous ne me dites pas?

— Rien…

— Si… Vous me taisez un détail.

Sawyer soupira et dit :

— Elle s’est présentée ici. Elle était à l’accueil et Patrick l’a reconnue alors qu’il allait nous chercher du café. Nous avons essayé de la rattraper, mais elle a réussis, on ne sait comment, à nous filer entre les doigts.

Je soupirai et me laissai retomber sur mes oreillers non sans lâcher un gémissement de douleur.

— Vas-y doucement mon amour, intervint Patrick.

— J’aimerais me reposer encore un peu. Tu veux bien chanter pour moi?

Mon amoureux m’embrassa sur la tempe gauche et commença à chanter les chants créoles qu’il m’avait chantés un peu plus tôt. Je somnolai une trentaine de minutes et fus réveillée par le médecin qui venait pour signer ma permission de sortie. Une fois dehors, je me cramponai aux bras de mon fauteuil roulant. Nous ne reprîmes pas la jeep comme je le pensais, mais une Cadillac XT5 de couleur noire. Patrick me souleva et m’installa sur la banquette arrière et attacha ma ceinture.

— Tu sais, je peux le faire moi-même, dis-je en riant.

Pour toute réponse, il m’embrassa tendrement. Il alla ensuite s’installer sur le siège avant à côté de Sawyer qui mit le contact et se mit en route. Nous roulâmes quelques minutes en silence quand le portable de Patrick sonna.

— Allô?… Ha oui! Vous avez fait vite… Parfait merci.

Il raccrocha.

— C’était les déménageurs. Tes effets personnels sont rendus chez moi.

— Merci, dis-je simplement.

Le reste du trajet se fit en silence. La nuit était tombée lorsque nous arrivâmes à destination. Il faisait exceptionnellement froid et humide pour une nuit de mai et je frissonnai. Sawyer déposa son veston sur mes épaules. L’allée n’était pas pavée, mais de terre battue. La maison était faite de pierre des champs avec un balcon en chêne massif. La maison semblait grande et accueillante. Nous entrâmes et Sawyer se dirigea vers la cheminée dans laquelle il jeta plusieurs bûches et du papiers journal. Puis, un feu ronfla bien vite dans la cheminée. Il sortit de nouveau à l’extérieur pour aller fouiller dans le coffre de la voiture et revint avec plusieurs sacs de provision.

— Avec ça, on en aura pour plusieurs jours. Je reste avec vous cette nuit. Demain matin, nous irons pêcher sur le lac près d’ici. Jessie, installe toi sur le divan pour l’instant. Tu dois restée sous surveillance pour les prochaines heures. Nous nous relayerons pour te réveiller régulièrement. Patrick me borda et je m’endormis à la lueur dansante des flammes, tandis que lui et Sawyer discutaient entre eux.

— Je ne suis pas revenu ici depuis que ma femme a été… C’est ici que c’est arrivé. Depuis, ma fille et moi évitons soigneusement cet endroit. Nous ne pouvons pas nous résigner à vendre cette maison. Ma femme l’adorait. C’est une partie d’elle.

— Je comprends, répondit Patrick.

Je Bougeai et gémis dans mon sommeil. Mon amoureux posa sa main sur mon front, ce qui m’apaisa aussitôt et me fit sourire rêveusement.

— Vous vous êtes connus comment tous les deux?, demanda Sawyer à Patrick.

— Dans une bibliothèque municipale. Elle était réticente au début je l’avoue. On est allés boire un verre, et je l’ai raccompagnée chez elle. Elle avait un copain dans ce temps là, et elle n’avait jamais été infidèle. J’y suis retourné tôt le lendemain matin. Elle m’a ouvert et une fois entrer, on s’est regardés et embrassés. Elle tremblait comme une feuille. On a fait l’amour ce matin là et puis nous nous sommes revus tous les matins. Elle n’a malheureusement connu que mon prénom.

— Votre relation a durer combien de temps?

— Pas assez longtemps, intervins-je d’une voix endormie.

Patrick sourit et me prit la main.

— Tu devrais dormir mon amour, me dit-il.

— J’ai dormis toute la journée. Maintenant, j’ai un peu faim.

Sawyer m’aida à m’assoir et se dirigea vers la cuisine.

— Qu’est-ce que tu aimerais manger?, me demanda-t-il.

— Quelque chose de simple.

— Une bonne crème de poulet avec du pain?

— Oui, s’il vous plaît.

À ma grande surprise, une fois la soupe dans le chaudron, il le déposa sur les braises.

— La maison n’a pas été réapprovisionnée en gaz depuis 7 ans. Vous devrez cuisiner de cette manière.

— Aucun problèmes, dit Patrick.

La soupe fût bientôt prête et Sawyer nous servit trois bols, que nous dégustâmes avec une tranche de pain et un bout de fromage. Le reste de la nuit fût consacrée à discuter, jouer aux échecs et à somnoler. Le lendemain matin, Sawyer nous tira du sommeil très tôt. Nous nous dirigeâmes vers l’arrière de la maison où se trouvait une forêt qui descendait en pente raide. Nous descendîmes un escalier de bois, jusqu’à un lac. Un quai ballotait devant nous, au gré des vagues. Les cannes à pêches nous y attendaient déjà, ainsi qu’une boîte de vers de terre. Nous pêchâmes tout l’avant-midi, profitant de la quiétude du lac. Nous attrapâmes 10 poissons en tout. Sawyer s’occupa de les nettoyer et les fit cuire pour le dîner. Le portable de Patrick sonna et il répondit :

— Allô?… Expliquez-lui que je ne peux pas faire autrement… Avec ce qui est arrivé, je ne veux pas la laisser seule… Oui je sais, il ne faudrait pas qu’ils aillent voir une autre compagnie, ce sont nos plus gros clients… Bon, bon ok. C’est d’accord. Arrangez un rendez-vous pour cet après-midi. Il raccrocha et me dit:

— Il faut que je m’absente. Notre plus gros client veux me rencontrer. Je voudrais bien rester mais il est le budget de notre entreprise à lui seul.

— Je comprends. Il faut que tu y ailles. Je suis en sécurité ici. Personne ne sait où on se trouve.

— Je vais devoir y aller aussi, je suis de service ce soir. Je vais appeler un de mes collègues qui viendra me relever ici, afin que tu ne restes pas toute seule.

Il s’éloigna pour téléphoner. Quant à moi, je me blottis sur les genoux de mon amoureux. N’ayant pas d’autres vêtements j’arborais toujours le tailleur de la veille. Patrick fit remonter sa main sur ma cuisse tout en m’embrassant dans le cou, puis, son pouce atteignit mon sexe qu’il frôla doucement, ce qui me fit gémir. Je sentais son sexe durcir sous moi. Sawyer revint vers nous, en rangeant son portable dans sa poche. Patrick retira sa main, mais me maintint sur lui afin de cacher son érection naissante.

— On peut y aller, dit Sawyer embarrassé, maintenant conscient de ce qu’il avait interrompu. Mon collègue de nuit, l’agent Messier, sera là dans environ deux heures.

Patrick me regarda fixement, visiblement hésitant à me laisser seule.

— Ne t’en fais pas, dis-je. Je ne resterai seule que deux heures. Puis il faut que tu ailles rendre la jeep à ton employé et que tu ailles à ce fameux rendez-vous. Je vais m’en sortir ne t’inquiète pas. Je m’enfermerai à double tour dans le chalet et n’ouvrirai la porte à personne, sauf à l’agent Messier.

Rassuré, mon amoureux me mit debout et se leva. Il m’embrassa ensuite longuement, puis, les deux hommes partirent en voiture. Quant à moi, je retournai dans le chalet et verrouillai la porte. Je fouillai la bibliothèque près du foyer et je pris un roman au hasard. Il était de Stephen King, un de mes auteurs favoris. Le titre, c’était misery. Il faisait partie de ceux que je n’avais pas encore lu et je m’installai devant la cheminée pour le faire. J’en était rendue au cinquième chapitre lorsqu’on frappa à la porte. Je me levai et demanda :

— Qui est-ce?

— C’est l’agent Messier. Je suis là pour remplacer Sawyer auprès de vous mademoiselle.

J’entrouvris la porte et j’aperçu un homme blond en uniforme. Il était grand, mince et il avait les yeux bleus. Je m’effaçai pour le laisser entrer, puis, retournai au salon pour poursuivre ma lecture. L’agent Messier s’installa dans un fauteuil. Dehors, le temps s’ennuageait. Un orage allait probablement éclater bientôt. Je me levai et remis des bûches dans la cheminée. Le tonnerre commença à gronder vers l’heure

du souper. L’air était lourd et chargé d’électricité. Il faisait de plus en plus sombre. J’allumai la lampe qui se trouvait près de moi mais une panne électrique se produisit. L’orage éclata à l’extérieur. La pluie tambourina sur les fenêtres et le toit. Le vent soufflait violemment, faisant trembler les murs de la maison.

Frissonnante, je me drapai dans la jetée qui se trouvait sur le dossier du divan sur lequel j’étais assise. Voyant les lumières s’éteindre, l’agent Messier se leva de son fauteuil et se rapprocha de moi, la main sur son pistolet, prêt à dégainer. Un fracas de verre brisé se fit entendre dans la cuisine. L’agent Messier se rendit sur place et vit que la fenêtre de la porte était fracassée par une branche d’arbre, qui avait été portée par le vent violent à l’extérieur. Soudain, il reçut un coup de chaudron sur la tête, qui le fit s’effondrer au sol. Alertée par le bruit, je vins voir ce qui se passait. Je fus pétrifiée de peur, lorsque je reconnus Caroline Quincy au milieu de la cuisine, un chaudron à la main, le policier, assommé, allongé près d’elle.

— Bonsoir, me dit-elle simplement.

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